Déconnecter, c’est quoi ?

Le Larousse a actualisé la définition du verbe « déconnecter » et le définit comme le fait de rompre le contact avec la réalité quotidienne.

Professionnellement, la Loi Travail introduit pour la première fois dans le droit du travail un « droit à la déconnexion » qui s’applique à tous les salariés.

Les entreprises ont désormais le devoir de mettre en place des instruments de régulation de l’outil numérique. Ces mesures visent à assurer le respect des temps de repos et de congés ainsi que l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.


Qui est vraiment concerné ?

A s’en tenir aux textes, les employeurs ne sont pas tous tenus à la nouvelle obligation de définir les modalités d’exercice par les salariés de leur droit à la déconnexion.

Seuls y sont soumis :

  • ceux ayant l’obligation de négocier annuellement sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes ainsi que sur la qualité de vie au travail
  • ceux qui emploient des salariés dans le cadre de conventions de forfait en jours sur l’année.
Méthode « détox » ou « méthode douce » ?

Radicale, la méthode « détox » applique le principe du « jeûne », c’est-à-dire la privation de l’accès aux outils numériques à certains moments clés.

-        Certains recourent par exemple à des applications mobiles et des logiciels qui bloquent l’envoi et la réception de mails et SMS professionnels à certaines heures et le week-end.

-        D’autres vont jusqu’à placer des brouilleurs internet dans les salles de réunion.

-        Certaines entreprises expérimentent même des « journées sans e-mail ».

D’autres acteurs pratiquent la méthode douce, sorte de rééducation qui mise sur le dialogue et la diffusion des pratiques positives mises à jour lors d’expériences de télétravail, et d’un usage raisonné des outils numériques nomades.

-        Des groupes d’échanges de pratiques permettent de faire émerger des chartes de bons comportements afin de rendre explicites des comportements gagnant-gagnant.

o   Consultation des e-mail 4 fois par jour, et fermeture de la messagerie aux autres moments.

o   Pas de téléphones mobiles en réunion.

-        La liberté d’organisation des uns s’arrête là où commence celle des autres : les mails reçus au-delà de 19h, le week-end ou durant les congés n’attendent pas de réponse en dehors des horaires habituels de travail.

-        Pour ancrer ces pratiques, managers et collaborateurs s’engagent par écrit à respecter cette liberté. L’objectif de ces signatures tend à limiter les effets de groupe susceptibles d’induire une obligation tacite à se montrer réactif en cas de sollicitation.

Déconnexion, un droit, un devoir ou un piège ?


Les entreprises ont désormais le devoir de mettre en œuvre des instruments de régulation des outils numériques. Leur responsabilité de s’assurer que les temps de repos et de congés des salariés sont conformes à la règlementation leur est rappelée.
Dans ce contexte, une logique vertueuse au service de la prévention du stress excessif et du burn-out devrait être facilitée par des comportements responsables. Depuis janvier, les salariés peuvent en effet évoquer leur droit à la déconnexion pour préserver leur équilibre de vie professionnelle et personnelle.

Malgré ces nouvelles perspectives de régulation, la méfiance réciproque reste majoritaire à l’annonce de ce nouveau droit. Méfiance des salariés qui redoutent d’être à nouveau contraints dans l’organisation de leur travail, et méfiance des employeurs qui craignent de voir le droit à la déconnexion être instrumentalisé à l’occasion de contentieux salariés – employeurs.
Ces réticences doivent s’exprimer à l’occasion des groupes de travail et négociations sociales. Elles serviront à identifier des règles choisies en matière de déconnexion en lien avec les contraintes des équipes

Comment agir ? A quelle date ?

Les employeurs doivent tenter de négocier un accord collectif sur les modalités d’exercice du droit à la déconnexion des salariés, en général, et des salariés au forfait jour, en particulier.

Il n’y a pas d’obligation de parvenir à un accord.

A défaut d’accord, l’employeur doit rédiger unilatéralement une charte de bonnes pratiques, prévoyant les actions de formation et de sensibilisation à un usage raisonnable des outils numériques.

L’obligation de négocier sur le droit à la déconnexion est applicable depuis le 1er janvier 2017.

Ce thème de négociation devra dès lors être abordé lors de la prochaine négociation annuelle obligatoire à intervenir dans l’entreprise, et au plus tôt s’agissant de la mise à jour des accords collectifs portant sur les forfaits en jours sur l’année.